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Pour Darius par Tadateru Konoe
Le Musée Mercian à Karuizawa est situé au pied de la chaîne volcanique Asama. C'était à l'origine une ancienne distillerie de whisky dont il a su garde le caractère et le décorum. Par delà les bouleaux blancs qui entourent le musée, se dessine le mont Asama comme s'il était à portée de bras.

J'ai rencontré la mère de Darius, Yvette Cauquil-Prince, artiste majeure de la tapisserie au renom mondial, pour la première fois en 1996 lors du vernissage de son exposition au Mercian. Son calme digne, sa chaleur humaine et sa passion toute dédiée à l'art retinrent fortement mon attention à cette époque. Elle transposait alors dans de monumentales tapisseries les oeuvres d'artistes comme Picasso, Chagall, Ernst, Kandinsky, Klee, etc., des artistes qu'elle connaissait intimement. Sa technique toute en délicatesse, ses couleurs vibrantes chassèrent immédiatement de mon esprit les a priori que je pouvais avoir sur l'art de la tapisserie, a priori essentiellement nourris par les traditions que je connaissais des Gobelins.

Ce sont ces mêmes qualités insignes, personnelles et artistiques, que tous les créateurs mentionnés ci-dessus - chacun d'eux avec ses traits distinctifs - ont voulu saluer en donnant à Yvette Cauquil-Prince le privilège de transposer leurs oeuvres. Quelques années plus tard, je reçus une lettre d'Yvette m'invitant à voir l'exposition que son fils présentait à Tokyo. La nouvelle de son décès arriva peu de temps après cette lettre. Certes il n'y avait rien à faire, mais je ressentis son message comme son ultime demande à mon égard.

Lorsque j'ai rencontré Darius, j'ai immédiatement senti une forte amitié personnelle pour lui. Elevé dans une famille d'artistes, il a hérite de sa mère son élégance, sa civilité et son amabilité. Bien qu'il ne parle pas japonais, il a toujours recherché le contact et tenté de tirer le meilleur parti de son expérience japonaise. Ses larges choix de natures mortes, de nus, d'animaux, de paysages, de motifs mythologiques - métaphores de sa personnalité - sont autant d'expressions de son honnêteté et de son humilité artistiques.

Je sais à présent qu'il a été sélectionne, il y a quelques années, parmi les 15 artistes majeurs français lors du 10e anniversaire du Centre Pompidou (Beaubourg). Cela dit, je me réjouis de ne pas l'avoir su plus tôt car cela m'a permis de mieux goûter - loin des préjugés et conventions - ses œuvres et sa personnalité.

Darius passe plusieurs mois par an en Corse, une île unique où convergent et se croisent les cultures méditerranéennes. Ses oeuvres qui représentent la nature ou la mythologie et qu'il a peintes là-bas, son utilisation de la couleur sont des reflets surs de sa façon de vivre.

Depuis sa première visite au Japon en 1983, Darius a toujours affirmé l' affection profonde qu'il porte à la culture japonaise. Et aujourd'hui, comme l'a souvent dit son épouse bien aimée Miho, ses travaux sont aussi un reflet de l’ « esprit japonais », cet esprit que nous avons trop souvent oublié et que nous désirons ardemment redécouvrir.

Je forme donc des voeux pour que l'oeuvre de Darius gagne en reconnaissance au Japon, et reçoive la consécration qu'elle mérite largement, qu'elle continue a nous apporter ces émotions esthétiques qui gisent dans tous nos coeurs.

(Traduit par Yves Bomati)