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Autour des Tauromachies - Textes de Paul Haim et Edgar Morin



Depuis les périodes précédentes que j’ai appréciées en leur temps, nous voici confrontés à d’autres racines de l’imaginaire.


Ce que montrent ces toiles a pour origine la corrida, mais la corrida n’est pas représentée, ou symbolisée, ou traduite. Elle s’est transmuté ; ni le taureau, ni le cheval, ni l’homme ne sont les mêmes. Le taureau demeure mythe, mais n’est plus le mythe central de cette nouvelle vision. Le cheval s’installe dans une féminité superbe à côté du taureau. Deux couples coexistent : le couple Homme – Taureau s’affronte et se combat. Le couple Cheval – Femme se recueille et accueille. Nous rêvons devant violence et douceur.

Huile sur toile 1984 - 175x175

Huile sur toile 1984 - 175x175


L’univers de ces toiles, comme celui des paysages corses, est tissé des deux couleurs extrêmes du spectre, dans une tension tragique qui situe le quotidien aux limites liées de l’infrarouge et de l’ultraviolet. Cette saison dans l’œuvre de Darius me marque et me trouble.

Edgar Morin



Dans l'atelier de sa mère qui fait les plus belles tapisseries du monde , au contact quotidien des oeuvres de plus grands : KLEE , PICASSO , CHGALL, ERNST , MATTA... Il a développé très jeune une fureur de peindre qu'il a petit à petit maîtrisée. C'est aujourd'hui la passion de la peinture qui l'habite.

 

Originaire d'un pays de grande tradition picturale, la Belgique, nourri du culte pour l'art dans son milieu familial, Darius a très vite choisi sa voix et son style.

 

Parmi ses oeuvres récentes, les grandes compositions tauromachiques évoquent bien sûr Picasso, mais c'est au Picasso de la grande période classique des années vingt que reportent ses personnages géants figés dans leur silence. Ses «corridas» ne sont pas sanguinaires tant ce silence justement est profond, accentué encore par la matité de la matière.

 

Ses compositions sont comme suspendues dans le temps. La force contenue qui se dégage des personnages et de leurs postures leur envergure dans les limites de la toile, même de petit format, dégagent parfois le théâtralité de certaines fresques de Diego Rivera ou de Siqueiros. Toutefois, contrairement aux oeuvres de ces deux grands maîtres mexicains, elles sont dépouillées de tout folklore. Elles ne sont liées à aucun terroir, ni à aucune époque. Leurs thèmes sont universels et intemporels comme l'amour.

 

Darius n'a que faire de «figuration libre», «transavant-garde» et autres modes. Son message est éternel car il parle avec romantisme, du couple, du travail et de la vie dans la nature, du monde des oiseaux, du jeu de l'amour et de la mort dans la «corrida»... Mais là encore, il transcende l'idée de la mort, inévitable, par tout ce qui sait insuffler d'amour, de vie et d'amour de la vie dans ses oeuvres.

 

Il entoure de mystère les personnages et les bêtes dans ses tableaux pour mieux installer leur classicisme, pour les éloigner de nous dans le temps et dans l'espace. Mais aussi pour mieux les protéger. Car, à l'évidence, il les aime. Ils ne sont pas des éléments de composition, mais ils existent en tant qu'eux-mêmes, comme existent ses amis et les membres de sa famille . Et c'est à ce titre, qu'ils ont droit, tout comme les siens, à sa protection et à sa tendresse.

 

Paul Haim